jeudi 24 septembre 2015

Lois mémorielles, esclaves blancs et le roi François 1ier


Au moment où certains esprits se plaisent à célébrer l’anniversaire de la bataille de Marignan en 1515, les esprits éclairés se souviennent également des compromissions du roi François Ier avec l’ennemi de la Chrétienté, à savoir SOLIMAN le Magnifique, grand Sultan de l'empire Ottoman.

En 1536, François Ier, après avoir été défait à PAVIE, puis fait prisonnier, signe un traité d’alliance avec SOLIMAN pour se protéger de la puissance militaire des HABSBOURG qui tiennent la couronne du Saint-Empire. Louise de SAVOIE ne trouva pas de meilleure idée que d’appeler le Turc à la rescousse qui déclara: 
«François, roi du pays de France, à prendre courage et à ne pas se laisser abattre. Nuit et jour notre cheval est sellé et notre sabre est ceint». 
Ainsi, SOLIMAN massacra les Hongrois et dès lors, aux yeux de l’Europe toute entière, François Ier devint le «très chrétien bourreau de la chrétienté»

Pour se faire pardonner il obtint de la part de SOLIMAN la réouverture des lieux saints aux pèlerinages mais d’accords secrets en compromissions inavouables, François Ier dû aussi concéder le fameux traité d’alliance qui officialisa la félonie du roi de France vis à vis de l’empereur du Saint-Empire romain-germanique Charles Quint.

C’est alors que survint l’inévitable scandale: François Ier, traître des chrétiens, hébergea à Toulon la puissante flotte de l'ottoman BARBEROUSSE dont la principale activité fut de piller les populations méditerranéennes et de fournir en esclaves blancs les colonies turques jusqu’à Alger, dont il fut le gouverneur. 

Et de ramener un parallèle à réalité d'aujourd'hui pour rappeler notre chère Mme TAUBIRA, éminente spécialiste des lois mémorielles, de s’en souvenir en 2015. Mais je n'ai aucun doute que curieusement elle ne s'en rappellera pas.

Curieusement, à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui, les chefs de l’État français qui portent le prénom «François» ont toujours agit dans l’ombre contre les intérêts supérieurs de la Nation.

Comme quoi...

lundi 24 août 2015

Le yuan face à la loi de Gresham



Tout le monde sait que la Chine vient de connaitre un krach boursier et les journaux se sont fait une joie de répercuter la nouvelle. Ceci étant acquis, je vais poser une question: quelle est la performance du marché Chinois (Shanghai-Shenzhen) depuis un an, compte tenu de ce krach?

-10%? -20%? -30%?
Réponse : +91% !
Des krachs à + 91%, on en redemande!

Plus sérieusement, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong, le China Enterprises Index, que le monde entier peut acheter librement est en hausse de 9% sur les 12 derniers mois en dollars US et de 31% en euro, après ce krach. Ce qui me parait bien. Essayons de résumer ce qui s’est passé exactement pour mieux comprendre.

Pour être bref: en avril 2015, les bourses chinoises se sont littéralement envolées, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong (le moins volatil de tous les indices chinois) passant de 12.000 à 15.000 en un mois, pour retomber à 12.000 en juillet. Donc nous avons eu un mois d’euphorie, corrigé dans les trois mois qui ont suivi et nous nous retrouvons là où nous étions au début de l’année. Dans le fond, il ne s’est pas passé grand-chose…

Il n’en reste pas moins que la brutalité du mouvement et les commentaires que ce krach a entraîné m’amènent à faire un certain nombre de remarques.

Question: qu’est-ce qui a amené cette hausse brutale? Réponse : la perspective que la monnaie chinoise, le Yuan, devienne convertible et entre comme composant dans les fameux DTS.

Les Droits de Tirages Spéciaux ou DTS sont une moyenne pondérée par leur utilisation dans le commerce international de quatre monnaies: dollar, euro, livre sterling et yen et sont gérés par le FMI. Pour faire bref, ces quatre monnaies sont celles qui sont autorisées par le FMI pour solder les transactions que les pays peuvent avoir et donc sont privilégiées dans la constitution des réserves de change par tous les autres pays.

Or le yuan chinois devrait entrer dans ce club très fermé à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine, et donc la demande pour le yuan va augmenter de façon significative.

Cette monnaie pourrait de ce fait monter et les taux d’intérêts en Chine baisser, ce qui serait très favorable au marché des obligations chinoises ou internationales cotées à Hong-Kong (les Dim Sum bonds).

Mais il y a plus. Très rapidement, la monnaie chinoise deviendrait convertible, ce qui permettrait au monde entier d’acheter des actions chinoises… Or la capitalisation boursière de la Chine doit être aujourd’hui la seconde du monde. À ce moment-là, tous les fonds indiciels seront obligés d’en acheter, ce qui créera une demande immense et donc une hausse très forte de ces actions.

C’est sur ce raisonnement que les actions chinoises ont explosé à la hausse en avril, et il reste valable bien entendu.

Mais les deux grandes sociétés qui calculent les grands indices internationaux ont fait savoir au mois de mai que, certes, elles incluraient les valeurs chinoises dans les indices, mais avec une sage lenteur, doucement, doucement…

Et comme tous les opérateurs chinois avaient acheté sur marge (c’est-à-dire en empruntant l’argent nécessaire à ces achats), en espérant bien sûr revendre leurs titres à des fonds indiciels d’ici à la fin de l’année, ils se sont retrouvés sans les acheteurs qu’ils espéraient voir surgir et ont donc été obligés de revendre à… d’autres Chinois, qui ne se précipitaient pas pour acheter.

D’où le krach en juin-juillet, qui a été sévère… Mais il y a krach et krach.

En fait, il y a deux sortes de krach :
  • Ceux qui étaient parfaitement justifiés comme 74 ou en 2008: dans ce cas, il est urgent de ne rien faire, sauf si l’on est investi bien sûr (auquel cas il faut vendre en prenant ses pertes), et d’attendre sagement que les événements se tassent. Après la phase initiale d’un krach justifié, il faut bien se garder d’acheter. Du krach, on va passer à la lente dégringolade, ce qui est bien plus usant et peut prendre de 12 à 18 mois.
  • Ceux qui étaient la conséquence d’un phénomène technique interne au marché comme en 87: ce krach fut déclenché par la croyance qu’il était devenu possible de s’assurer contre la baisse éventuelle des marchés grâce à un système informatique appelé assurance de portefeuille. Ce système non seulement ne fonctionna pas, mais surprise, surprise, il accentua les baisses et c’est simplement quand les ordinateurs furent débranchés que la baisse prit fin…

La baisse chinoise actuelle fait partie clairement de la deuxième catégorie. Il s’agit d’une baisse consécutive à un accroissement de l’endettement en vue d’acheter des actions, fondé sur la croyance que tout risque de baisse a disparu dans le marché. Dans ce second cas cependant, les niveaux atteints après le krach sont en général des niveaux d’achat. Par exemple, après cette baisse, les grandes valeurs chinoises cotées à Hong-Kong sont à moins de 10 fois les bénéfices tout en offrant des rendements et des taux de croissance de leurs bénéfices très satisfaisants. Dans ce cas de figure, il faut rapidement mettre en place des ordres « stupides » (parce que très inférieurs aux cours actuels, dans l’espoir d’être exécutés lors d’une vente forcée), à l’achat bien entendu et sur les valeurs que l’on veut avoir sur le long terme et ne pas lire les journaux.

Quelques remarques supplémentaires.

Certes, la baisse en Chine a été sanglante, mais elle n’a eu un impact que pour ceux qui ont acheté en mai ou en juin en s’endettant pour ce faire, c’est-à-dire pas grand monde. Elle ne devrait donc avoir aucun effet sur l’économie du pays.

Qui plus est, cette hausse et cette baisse n’ont touché que de petites valeurs spéculatives cotées à Shenzhen, et que pas un étranger ne possède, et beaucoup moins les grosses valeurs qui, elles, peuvent être détenues par des non-Chinois.

Enfin, les autorités Chinoises ont immédiatement pris les mesures habituelles pour enrayer les ventes dites «forcées ».

Donc rien que de bien normal dans les événements du dernier mois en Chine.

Mais quelque chose m’a cependant surpris dans tout ce tohu-bohu. Toute la presse occidentale a fait ses gros titres et ses premières pages sur la baisse des marchés en Chine, en expliquant que c’était le début de la fin et que l’économie de l’Empire du Milieu allait s’écrouler. Et là, je ne comprends pas très bien, ou si je comprends, je n’aime pas ce que je comprends.

Je peste depuis des années contre la destruction de nos monnaies par nos banques centrales aidées par nos gouvernements. Or, la Chine est le seul pays qui tente de créer une monnaie de qualité pour lutter contre ces tentatives de destruction de cette dernière. Ce pays en effet est en train de se diriger à grand pas vers un régime où les taux d’intérêts et les taux de change seront régis par le marché tout en développant des organismes internationaux pour concurrencer le FMI ou la Banque mondiale.

Clairement, la Chine veut faire du yuan un concurrent au dollar, ce qui est pour une certaine partie des classes dirigeantes américaines une vraie déclaration de guerre.

Certes, je ne suis pas un grand partisan de la théorie des complots, mais beaucoup de personnes dans le monde espèrent de tout cœur qu’échoue l’expérience chinoise. Imaginons un instant qu’elle réussisse et la plus vieille loi mise à jour en économie se mettrait en branle, je veux parler de la loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne », ce qui voudrait dire que de moins en moins d’individus épargneraient en dollars et de plus en plus en yuan. Voilà qui serait un vrai mouvement des plaques sismiques, dont chacun sait qu’il déclenche de grands tremblements de terre.

Et je pense donc réellement que les forces considérables qui ont organisé chez nous les expériences monétaires dont nous souffrons actuellement espèrent de tout cœur que l’expérience chinoise de retour à une monnaie saine va échouer.

Pour parler brutalement, si l’expérience chinoise réussit, l’autre échouera. C’est aussi simple que cela.

Ce qui m’amène à la conclusion boursière. À mon avis, l’expérience monétaire chinoise va réussir et la nôtre échouer puisque la première est fondée sur la réalité de ce qu’est vraiment une monnaie et que la deuxième nie cette réalité

mercredi 17 septembre 2014

La magie keynésienne de Draghi


Ces derniers jours ont été marqués par le coup d’éclat de Mario DRAGHI. Des taux d’intérêt nominaux à 0,5 %, des achats d’actifs: en gros, la Banque Centrale Européenne veut relancer la croissance européenne et écarter « le spectre de la déflation » qui aggraverait encore le chômage. En fait, le président de la BCE s’est tout bonnement engagé dans une politique conjoncturelle keynésienne. L’économie européenne pourrait être totalement déséquilibrée dans les prochains mois et une nouvelle crise serait en vue. Voilà de la bonne magie.

La seule originalité de Mario DRAGHI est de renouer avec enthousiasme avec l’économie de la demande, alors qu’après cinq ans d’erreurs on est revenu un peu partout à l’économie de l’offre pour essayer de sortir de la crise ouverte en 2008. HOLLANDE lui-même a fait verbalement amende honorable. Il y a quinze jours, il eût un changement radical dans les orientations des Banques Centrales du monde entier. La Banque Fédérale américaine relèvera ses taux d’intérêt et ralentira la croissance de la masse monétaire, la plupart des autres instituts d’émission iront dans ce sens, si l’on excepte le Japon. Une autre exception notable est celle du Fonds Monétaire International: Madame LAGARDE pense comme MONTEBOURG et DRAGHI. Ces keynésiens impénitents sont persuadés que le niveau de l’emploi dépend de celui de la demande globale: c’est la hausse de la dépense qui remplirait les carnets de commande des entreprises. Encore faut-il que les gens aient l’argent pour dépenser. S’ils ne l’ont pas, il suffit de le leur offrir, en leur faisant crédit à bon marché, avec des taux d’intérêt très bas.

Par ailleurs, il est commode pour les paléos-keynésiens de s’abriter derrière le « spectre de la déflation ». Si l’inflation est la hausse générale des prix à la consommation, la déflation en est le symétrique: tous les prix s’affaissent. Et pourquoi donc? Parce que, dit-on, les gens n’on pas d’argent, les commerçants voient leur chiffre d’affaires diminuer, le chômage ayant privé les gens de pouvoir d’achat. Il faudrait rompre ce cercle vicieux et ouvrir largement les vannes du crédit. La déflation (comme l’inflation d’ailleurs) provient d’une observation macro-économique et masque des différences considérables suivant les secteurs: les prix de l’alimentation ou des loisirs peuvent diminuer, mais les loyers ou les soins médicaux peuvent être plus chers. Or, d’une part, l’observation des indices de prix en Europe ne fait pas apparaître de baisse généralisée; d’autre part, quand il y a baisse, son origine n’est pas nécessairement pernicieuse. D’une part, la concurrence née de la mondialisation a tendance à mettre des produits de moins en mois coûteux à la disposition du consommateur; d’autre part, la « crise de la demande » peut provenir de la peur du lendemain et de l’incertitude qui habite beaucoup de ménages. Au mois d’août, le taux d’épargne des Français a atteint 16 % de leur revenu, un niveau unique en Europe. Un crédit gratuit peut-il tenter des ménages déjà surendettés et inquiets pour l’avenir?

Rappelons enfin les méfaits d’un taux d’intérêt nul: Il est inefficace pour relancer la consommation et l’investissement. La relance elle-même est inefficace pour résorber le chômage et la politique de taux d’intérêt nul a des effets pervers de nature à perturber totalement l’économie. Un premier effet est de déstabiliser le marché du travail car si le capital est donné gratuitement, les entreprises auront peut-être avantage à le substituer à des emplois: on peut remplacer le contrôleur de billets par une machine puisqu’il devient plus économique d’emprunter que d’embaucher. Cet effet de substitution existe, mais il n’est pas le plus grave. Le deuxième effet est ce qu’HAYEK a appelé le « malinvestissement », à savoir que n’importe qui lance des initiatives qui normalement ne seraient pas rentables, mais qui le deviennent quand le capital est gratuit. Ainsi l’argent est dilapidé et les faux investissements  conduisent à la faillite et à la suppression d’emplois, alors que les projets rentables manquent parfois du financement nécessaire! Voilà la cause essentielle des crises économiques!

A côté de l’adoption du taux d’intérêt nul, la deuxième pièce du dispositif DRAGHI, c’est la décision de la banque de racheter des actifs. Mais suivant quelles modalités? Racheter à qui? Quels actifs? Pour faire quoi? La BCE va utiliser une technique très ancienne appelée la « mise en pension ». Elle « nourrirait » pendant quelques jours (ou plus longtemps) quelques actifs (créances négociables) non échus, sachant qu’à l’échéance le détenteur de ces actifs devra les racheter à la BCE et en assurer le recouvrement. Par exemple si la Banque Belle Pomme (BBP) a dans son bilan un actif constitué par le paiement des emprunts non encore réglés et qui représente 5.000 euros, la BCE va lui racheter provisoirement cet actif et donc lui donner 5.000 euros en attendant que les emprunts rentrent. Mais si les abonnements ne rentrent pas c’est la BBP qui supportera cet impayé et elle devra rembourser 5.000 euros, accrus des taux d’intérêt exigés par la BCE, qui représentent le prix de la pension. En l’occurrence la BCE fait cadeau du taux d’intérêt. Les actifs retenus par la BCE doivent être facilement négociables et offrir la garantie d’être revendus sur le marché financier avant leur échéance. Il faut donc que ces actifs soient de bonne qualité et ne se dévalorisent pas trop pendant qu’ils sont « en pension »Or, la qualité des actifs est liée à celle des personnes qui les avaient en portefeuille et les ont mis en pension. Ici naissent les craintes: la BCE va monter l’opération avec les Etats, c’est finalement la dette publique qui est soulagée. On part du principe illusoire que la signature et la gestion des Etats sont au top. Mais par exemple quels actifs peut proposer la Grèce? Une hypothèque sur le Parthénon? Prendre en pension des obligations ou des bons émis par les Etats suppose que ces Etats seront en mesure de rembourser le moment venu parce que les obligations qu’ils ont émises ont pris de la valeur. Qui va le croire? La réalité, c’est que la BCE veut tenter d’éponger une partie des dettes souveraines européennes. On comprend que les Allemands aient refusé d’avaliser le plan DRAGHI.

Pour terminer, faisons apparaître la duplicité et le danger de l’opération. On parle « d’achat » alors même que la BCE n’achète rien (elle n’en a pas le droit): l’emprunteur doit lui racheter le titre avant l’échéance. Mario DRAGHI a la réputation d’un magicien de la finance. Mais en fait il exécute un tour de cartes que l’on trouve dans les magasins de jouets pour apprendre la magie aux enfants. En 2008, on a eu la crise des subprimes (les banques doivent acheter des titres douteux mais à des taux d’intérêt très intéressants pour elles); en 2015 on pourrait avoir la crise des underprimes (achats à taux d’intérêt nuls pour soulager les dettes « souveraines »).

Tout ça ne sent pas très bon...

lundi 18 août 2014

Dette française réelle: un iceberg de 11.600 milliards d'euros

Les chiffres officiels ne sont pas encore connus mais la dette publique à ce jour a déjà certainement dépassé 2000 milliards d’euros. Il n’aura fallu qu’onze ans pour accumuler 1000 milliards de dettes.

Cette somme phénoménale cache une autre montagne : les déficits futurs actualisés des régimes publics d’assurance maladie et d’assurance vieillesse. Le Trésor ne publie pas ces chiffres. Contrairement à une entreprise, l’État ne provisionne pas ses futurs paiements aux malades ou aux retraités. L’État est une sorte d’assureur véreux qui demande une prime d’assurance plus basse que la valeur actualisée des dommages futurs, dépense la prime, escamote l’opération de sa comptabilité officielle et arrive encore à afficher une perte (i.e. le fameux « déficit de la sécu ») année après année. Si un assureur privé faisait de même, il serait incarcéré pour une longue durée.

Chaque année, le Trésor américain publie une étude prospective, le Financial Report of the United States Government, dans laquelle il essaie de calculer la situation réelle des finances publiques. Cette étude est requise par la loi depuis 1977. Comme les chiffres sont pitoyables, ils sont généralement publiés entre Noël et le jour de l’an, quand les journalistes sont trop occupés par les fêtes pour lire 250 pages de comptes nationaux. Pourtant, ils apprendraient que le gouvernement fédéral des États-Unis avait environ 12 000 milliards de dollars de dette publique, devrait 6 500 milliards à son personnel et à ses anciens combattants, que les retraites étaient dans le rouge de 12 200 milliards, et les assurances maladies publiques d’environ 27 300 milliards. Soit une somme totale de 40 000 milliards à la fin 2013. Ceci représente environ deux fois et demi le PIB courant. Plus parlant, ces sommes faramineuses représentent 4% de toutes les productions futures actualisées du pays. Le gouvernement fédéral des États-Unis pourrait donc se tirer de cette calamité en coupant drastiquement dans ses dépenses à hauteur de 4% du PIB, à perpétuité, et en consacrant les sommes ainsi économisées au paiement de ses obligations futures1.

Concernant le France, personne ne sait vraiment. Bercy ne publie pas de rapport financier de 250 pages chaque année depuis 1977. La transparence, ce n’est pas depuis 1977. Ce n’est pas maintenant. C’est pour plus tard. Demain, peut-être… Aujourd’hui, pour les deux ministres en charge des finances du pays, c’est piscine ! Les seules études sérieuses sur le sujet ont été réalisées par Jagadeesh Gokhale. Cet auteur a passé des années à travailler sur cette question, d’abord comme enseignant-chercheur, puis comme consultant à l’U.S. Department of the Treasury, comme conseiller à la Federal Reserve Bank of Cleveland, à l’American Enterprise Institute et au Cato Institute. Dans un rapport du National Center for Policy Analysis (NCPA) de 2009 et une mise à jour de l’Institute of Economic Affairs (IEA) de 2014, Jagadeesh Gokhale se penche sur les économies européennes. Il applique les méthodologies du Trésor américain aux données d’EuroStat de 2004. Bien avant que la France n’accumule 2 000 milliards de dette publique, avant donc les 610 milliards de « dette Sarkozy2 », il trouve que la France avait déjà 9 111 milliards d’euros (de 2004) de dettes réelles. Cette somme représentait déjà cinq fois et demi la production nationale annuelle, à 550% du PIB3. À la mi-2014, la dette publique était probablement de 2040 milliards d’euros auxquels s’ajouteraient 9 572 milliards de dettes officieuses4.



L’État peut-il rembourser ? L’État peut-il rembourser 5,5 fois le PIB ? Tout d’abord, l’État ne possède pas tout le PIB. Il essaie. Avec entre 57% et 58% de succès, ces derniers temps. Cependant, il n’a pas encore mis la main sur 100% de la richesse nationale. Il échoue à la confiscation de ces 43% rebelles. Des Gaulois résistent encore et toujours aux envoyés des fricophages de Bercy. La bonne question est donc de savoir si l’État peut rembourser plus de dix fois le montant de ses recettes fiscales. Pour ce faire, il faudrait complètement arrêter les déficits et, selon les calculs de Jagadeesh Gokhale pour 2004, il faudrait consacrer 9,7% du PIB, perpétuellement, au remboursement des dettes officielles et des dettes officieuses (Sécurité Sociale maladie et vieillesse non-provisionnées).



Là encore, la France fait figure de mauvais élève de l’Europe mais on remarque qu’elle est rejointe par l’Allemagne et l’Italie. Pourquoi ? Simplement parce que ces deux pays ont une démographie épouvantable. L’Italie, pays de 60 millions d’habitants, n’en aura plus que 42 millions en 2050 malgré l’immigration. Une bonne partie sera trop âgée pour travailler et ne participera pas au remboursement de ses dettes réelles. La France, partant avec des dettes réelles plus fortes mais une démographie meilleure, semble tirer son épingle du jeu relativement à l’Italie et à l’Allemagne.



Ce pourcentage de 9,7% n’était valable que pour 2004. Il s’aggrave d’année en année, d’environ un demi-pourcent du PIB ou, pour être plus précis, d’environ 1% des recettes fiscales de l’État. Le changement, c’est demain et il sera douloureux : comme on peut le voir ci-dessous, avec la même méthodologie, la prévision de l’étude de 2009 (qui utilisait les données prévisionnelles d’EuroStat pour l’année 2010) a dû être revue à la hausse dans l’étude de février 2014. À ce rythme, le chiffre 2014, par simple extrapolation linéaire est probablement compris entre 14 et 15% ! Ceci représente entre un tiers et un quart des recettes de l’État.



Pour que l’État honore ses engagements financiers vis-à-vis des détenteurs d’obligations, des futurs retraités et des futurs malades, il y a donc quatre conditions à remplir :

  • Il faut que le budget soit en équilibre;
  • Il faut que les taux d’intérêts restent à leur bas niveau actuel pour les 50 prochaines années;
  • Il faut que l’État consacre entre un quart et un tiers de son budget à rembourser la dette officielle et à provisionner les retraites et les dépenses maladies futures;
  • Il faut que la démographie ne change pas drastiquement de la trajectoire que les experts ont prévue5.
Ces quatre conditions n’ayant aucune chance d’être remplies, on peut dire avec certitude que la dette publique officieuse ne sera jamais remboursée. En pratique, ceci veut dire que les retraites ne seront pas revalorisées, ou que l’âge de la retraite passera à 75 ans ou plus, ou que les retraites seront bien payées mais avec de la monnaie dévaluée. Gageons que les hommes de l’État utiliseront un peu de ces trois méthodes. En parallèle, la branche maladie de la Sécurité Sociale continuera de mourir lentement en remboursant de moins en moins et en restreignant l’accès aux soins par des listes d’attente, par des interdictions de nouveaux types de traitements, et par l’adoption au ralenti des nouveaux médicaments.

Nous savons exactement comment tout ceci va se passer car nous avons l’expérience des anciens pays du bloc soviétique. Un jour relativement proche, les « petits vieux » devront quitter leur retraite, retourner à des petits boulots (quand ils le pourront), retourner vivre chez leurs enfants (quand ils en auront), et n’accéderont pas aux soins. Les statisticiens verront deux choses se produire :

  • La participation au marché du travail des plus de 70 ans augmentera en flèche;
  • L’espérance de vie baissera.
Lorsque la dette publique atteint 100% du PIB, une simple règle apparaît : pour stabiliser celle-ci en l’absence de déficit primaire6, il faut que la croissance économique soit égale au taux d’intérêt de la dette. Si la croissance est de 3%, le PIB de l’année suivante est de 103% de celui de l’année précédente. Si le taux d’intérêt de la dette est de 3%, la dette de l’année suivante est de 103%. Le ratio dette/PIB ne change pas si le taux de croissance égale le taux d’intérêt de la dette. Quand on a environ 100% de dettes en pourcentage du PIB, rien n’est plus important pour un ministre des Finances que le taux de croissance hormis le taux d’intérêt des OAT…

Bien sûr, ceci n’est vrai que si les administrations publiques dépensent exactement ce qu’elles reçoivent en impôts et en taxes. Si l’État dépense 51% de la richesse nationale et si la pression fiscale représente 50% du PIB, alors, pour maintenir le ratio dette/PIB, le taux de croissance du PIB doit être égal à celui du taux d’intérêt de la dette plus un pourcent.

En conséquence, la question de savoir si la dette publique officielle sera remboursée revient donc à répondre aux questions suivantes :

  • Les administrations publiques vont-elles dépenser exactement ce qu’elles reçoivent en impôts et en taxes ? En termes économiques, le déficit primaire de l’État va-t-il être nul ?
  • La croissance va-t-elle dépasser le taux d’intérêt de la dette dans le futur ?
Les besoins de l’État pour remplir les promesses faites en matière d’assurance maladie et d’assurance vieillesse appellent une réponse résolument négative à la première question. Comme nous l’avons vu plus haut, en 2004, les déficits futurs actualisés de ces deux postes de dépenses représentaient déjà plus de 4 fois et demi la production nationale annuelle.

La deuxième question est également sans appel : le taux de croissance de l’économie sera plus faible que le taux d’intérêt de la dette publique. Les économies plombées par une dette de plus de 90% ne croissent pas ou très peu. Nous pouvons ainsi attendre une croissance réelle à peu près nulle et donc une croissance nominale de 1 ou 2% par an.

Les taux d’intérêt sont extrêmement bas mais vont nécessairement remonter dans les 50 prochaines années (à moins que les hommes de l’État choisissent délibérément une politiquement très inflationniste). Ils reviendront sûrement à leur historique de 6 ou 7% : le taux moyen des obligations d’État françaises à 10 ans s’établit en moyenne à 7,77% sur les quarante dernières années. À ce taux, il faudrait générer un excédent primaire d’au moins 10% du budget de l’État. En d’autres termes, il faudrait que l’État ne dépense que 9 euros pour 10 euros de recettes fiscales. Un tel excédent est tellement politiquement loufoque que ce calcul ne devrait même pas être envisagé.




La dette publique officielle ne sera donc probablement pas remboursée. Plusieurs scénarios sont possibles mais quatre ont une forte probabilité :

  • Le défaut de paiement ou la banqueroute. Si la France reste dans l’euro, et si elle n’obtient pas la possibilité d’en émettre, un moment arrivera où les obligations d’État ne pourront plus être honorées à moins de drastiquement couper dans les retraites et les prestations de santé. La situation économique se détériorerait rapidement car les investisseurs internationaux échaudés arrêteraient de prêter du jour au lendemain. Les banques françaises déjà sous-capitalisées perdraient une grande partie de leurs fonds propres entraînant l’économie dans leurs propres faillites.
  • La sortie de l’euro. Si la France sortait de l’euro, elle pourrait émettre des francs, dont la valeur aurait une fraction de celle des euros. Elle rembourserait en franc les dettes contractées en euro. Ce vol pur et simple se heurterait très probablement au droit puisque la dette de l’État est libellée en euros. L’État aurait beaucoup de mal à se financer sur les marchés. Les banques françaises et les grandes entreprises souffriraient énormément car toutes leurs opérations passées en euros devraient être honorées dans cette devise.
  • La dilution de la dette par l’inflation. Il suffirait que la situation en Allemagne et en Italie continue sur leurs trajectoires actuelles pour que ces deux pays décident que la banque centrale européenne devienne une imprimerie de faux billets…
  • L’autre sortie de l’euro. Si l’Allemagne et les pays du nord sortaient de l’euro, la France, l’Italie et l’Espagne pourraient émettre des euros sans limite ; une inflation catastrophique s’en suivrait qui annulerait la dette à condition de ne revaloriser ni les retraites, ni les minima sociaux, ni les salaires des fonctionnaires, ni les prestations maladie. Cette sortie de l’euro a un avantage : les contrats en euros seraient respectés, sinon en valeur réelle du moins en valeur nominale.
De tous ces scénarios, les deux premiers sont les pires mais il est difficile de les exclure à cause de l’analphabétisme économique qui sévit en France. Plus une idée est dangereuse, plus elle semble trouver d’exégètes.


  1.  Aucune chance que ceci n’arrive ! 
  2.   Les 610 milliards de « dette Sarkozy » représentent « 10000 euros par Français ». Ceux qui ne les ont pas reçu sous forme de prestations étatiques devraient se plaindre. Les autres auraient dû faire preuve de reconnaissance et envoyer un peu d’argent pour le Sarkothon. 
  3.  La méthodologie de cette étude est également exposée dans une étude de la Banque d’Italie ainsi que dans un rapport des services de recherche de la Federal Reserve Bank of Cleveland. 
  4.   Si le ratio de 549% du PIB calculé par Jagadeesh Gokhale ne s’est pas aggravé… 
  5.  Il existe un problème spécifique à la France : s’il est vrai que sa démographie semble meilleure que celle de l’Allemagne ou de l’Italie, il n’en reste pas moins que la France est en chute libre dans les classements d’éducation (comme PISA). De plus, elle exporte probablement aux alentours de 60000 jeunes diplômés par an. Au contraire, le capital humain moyen des nouveaux arrivants n’est pas toujours flambant. Même si la population active restait constante, sa productivité marginale du travail pourrait bien stagner. En pratique, une population moins bien formée en moyenne devrait produire suffisamment de richesses pour supporter les dettes étatiques. 
  6.   Le déficit primaire de l’État correspond au solde du budget des administrations publiques non compris les intérêts versés sur la dette et les revenus d’actifs financiers reçus. Si ce solde est positif, on parle d’excédent primaire. 

mardi 13 mai 2014

Le magicien Piketty


Soit un monde normal dans lequel vivent 1 millions d’individus qui, en l’année 0 disposent d’un capital moyen de 100 euros.

Or, il se trouve qu’en cette même année 0, les dieux ont décidé que dorénavant, la variation annuelle des fortunes des habitants de ce monde devra être purement aléatoire et, comme ces dieux sont un brin statisticiens, qu’elle devra suivre une loi normale avec une moyenne de 2% par an et un écart-type de 20%. C’est une loi divine ; il n’y a pas moyen d’y échapper ; que vous soyez riche ou pauvre, roi ou simple paysan, votre capital est désormais soumis à l’aléa.

De fait, au cours des vingt-cinq années suivantes et conformément à la décision des dieux, la fortune moyenne des habitants de ce monde est passées de 100 euros à 164 euros, soit une progression annuelle de 2%. Seulement voilà, chemin faisant, il s’est passé quelque chose d’assez étrange: 

En l’année 0, le 1% (c’est ainsi que, dans ce monde, on désigne les 10 000 personnes les plus riches de la population), disposaient d’un capital moyen de 149,5 euros. Or, vingt-cinq ans plus tard, les membres du 1% étaient riches en moyenne de 983,4 euros; soit une progression annuelle moyenne de — tenez-vous bien — 7,8%. Pis encore, en restreignant l’analyse au 0,1% (les mille les plus riches), on réalise que la progression annuelle moyenne de leur patrimoine atteint pratiquement 10%.

Comment un tel miracle est-il possible ? Les dieux auraient-ils menti ? Auraient-ils, sans le dire à personne, favorisé les riches et les très riches plus encore ?

Pour en avoir le cœur net les prêtres se mettent immédiatement en quête d’une explication. Naturellement, les prélats de dieux statisticiens s’y entendent aussi en la matière et il ne faut pas longtemps pour que l’un d’entre eux propose de mesurer l’évolution du patrimoine du 1% de l’année 0. Surprise : 2%, comme l’ont voulu les dieux. On procède immédiatement à la même mesure pour le 0,1% : là encore, 2%. Alors quoi ? Comment se fait-il que patrimoine moyen du 1% et du 0,1% ont progressé de 7,8% et presque 10% respectivement ?

La magie, en ce bas monde, n’existe pas. Au risque de faire de la peine à l’enfant qui sommeille en chacun de nous, tous les magiciens ont des trucs ; des petites astuces qui leur permettent de donner toutes les apparences de la réalité à ce qui n’est, en réalité, qu’un écran de fumée savamment présenté. Thomas Piketty n’échappe pas à cette règle.

En l’occurrence, le truc consiste à comparer le capital des x% les plus riches en un point du temps à celui des x% les plus riches quelques années plus tard et à faire croire que la variation entre les deux correspond à l’enrichissement de ce groupe de riches. C’est tout à fait faux. Ce que vous ne voyez pas, et que notre prestidigitateur nous cache sciemment 2, c’est qu’en procédant ainsi, vous éliminez systématiquement tous ceux qui s’appauvrissent de votre échantillon pour ne retenir que les individus qui se sont enrichis ou, dans le pire des cas, qui n’ont pas suffisamment perdu pour sortir du x%.

C’est aussi bête que ça. Vous pouvez vous amuser à simuler cette expérience divine dans tous les sens : faites varier la distribution initiale, la moyenne, l’écart-type… vous tomberez toujours sur le même résultat.

lundi 7 avril 2014

Pourquoi la France va continuer à sombrer?


Pendant que les médias français s’obnubilent sur le changement de gouvernement et les congratulations échangées entre ministres, la France continue à sombrer. Et, ce doit être dit: le naufrage va se poursuivre sans que rien ne l’arrête.

Le problème fondamental est le déficit grave de compétitivité de l’économie du pays, et ce déficit, qui se creuse, va, sans aucun doute, continuer à se creuser.

Ce déficit tient largement aux surcoûts infligés aux entreprises françaises par le biais de charges littéralement écrasantes. Une baisse des charges sur les entreprises pourrait remédier à ces surcoûts, mais ce devrait être une baisse de charges bien plus importante que celle évoquée présentement et qui, même si elle est votée n’aura guère plus d’effet que le célèbre emplâtre posé sur une jambe de bois.

Une forte baisse des charges sur les entreprises ne serait, qui plus est, efficace que si elle n’apparaissait pas comme une mesure temporaire sur laquelle il serait possible de revenir, mais comme une mesure durable, installée, gravée dans le marbre.

Le gouvernement actuel ne décidera, bien sûr, pas d’une forte baisse des charges mais d’une baisse très superficielle, et cosmétique, et il décidera moins encore de graver dans le marbre une baisse des charges. D'ailleurs, aucun parti politique à ce jour ne propose cette forte baisse.

Le déficit de compétitivité des entreprises françaises tient aussi à la rigidité des réglementations qui enserrent les activités économiques en France et y accroissent considérablement les coûts de transaction, à la faiblesse de la profitabilité moyenne des mêmes activités économiques, qui réduit les retours sur investissement, dissuade les investissements futurs, et amenuise les sommes susceptibles d’être consacrées à la recherche et à l’innovationLe gouvernement actuel ne desserrera, bien sûr, pas l’étau réglementaire qui asphyxie le pays, ou le fera de manière infime, et dès lors inutile.

Aucun parti politique à ce jour ne propose de desserrer vraiment l’étau réglementaire qui asphyxie le pays, ou pas dans des proportions suffisantes pour que cela ait un effet.

Le déficit de compétitivité des entreprises françaises tient, bien sûr, à une multitude d’autres facteurs, qui expliquent pourquoi ni le gouvernement, ni ceux qui sont à même de le remplacer ne sont, à ce jour, à même d’apporter un remède.

Parmi ces facteurs: le poids hypertrophique de la fonction publique française, qui compte bien trop d’administrations et de fonctionnaires, les conséquences très graves de l’économie mixte, qui fait que de nombreuses entreprises dépendent du gouvernement pour survivre, l’absence quasiment totale de médias indépendants du gouvernement et des rouages de l’économie mixte, les effets de décennies de prise en main de la culture et de l’éducation par des ennemis du capitalisme démocratique, prise en main qui a des conséquences dans le journalisme ou la magistrature, entre autres.

Tous les partis politiques, strictement tous, sont confrontés à ces facteurs ou influencés par eux d’une manière ou d’une autre.

Un redressement ne pourrait prendre forme que si se trouvait proposé à la fois:
  • une très forte baisse des charges sur les entreprises et sur les salaires, 
  • une réforme constitutionnelle fixant un niveau maximum de charges et d’impôts (si possible un impôt strictement proportionnel abolissant toute progressivité), 
  • une abolition du présent code du travail aux fins de le remplacer par une version infiniment allégée de celui-ci, 
  • une simplification radicale des formalités administratives, 
  • une diminution rapide du nombre des fonctionnaires travaillant dans d’autres secteurs que les fonctions régaliennes de l’Etat, 
  • une privatisation de multiples entreprises encore publiques ou semi-publiques, 
  • une suppression des subventions gouvernementales aux entreprises privées quelles qu’elles soient, 
  • une privatisation des médias dits de « service public », 
  • une abolition des « aides » gouvernementales aux organes de presse et d’information ainsi qu’à l’ensemble du secteur théâtral et cinématographique, 
  • une privatisation du système universitaire.

Je pense que ce commencement ne verra pas le jour, même de manière fragmentaire. Le plus vraisemblable est que le gouvernement Valls échouera. A l’automne prochain, il sera déjà dans un échec que des maquillages statistiques tenteront sans doute de maquiller.

Je doute que HOLLANDE choisisse rapidement la dissolution de l’Assemblée, mais je me dis à moi-même qu’il y songe. Une majorité UMP risquerait fort de ne pas faire mieux. Après avoir éliminé VALLS (ce qu’il est, je pense, en train de faire), HOLLANDE éliminerait ainsi l’UMP et espérerait se faire réélire en 2017, dans un deuxième tour qui pourrait l’opposer (ce qu’il espère, je pense) à Marine LE PEN.

Où en sera la France à ce moment? La France plonge dans tous les classements internationaux, ceux-là même que les investisseurs consultent avant d’investir. Dans l’Index of Economic Freedom, établi chaque année par la Heritage Foundation, et le Wall Street Journal, la France est en soixante dixième position, en dessous du Kazakhstan et du Ghana. Elle est en trente troisième position parmi les quarante trois pays que compte le continent européen. Elle est, certes, mieux classée que la Zambie ou le Sri Lanka, mais c’est une maigre consolation. A titre de comparaison, le Canada est en sixième position, la Suisse en quatrième position, les Etats Unis en douzième position (bien plus bas qu’avant Obama), l’Allemagne en dix-huitième position. Qui aurait vraiment envie d’investir dans un pays qui peut juste dire qu’il est mieux classé que la Zambie et le Sri Lanka? Qui peut parler sérieusement d’un « partenariat franco-allemand »: l’Allemagne a d’autres problèmes, mais elle est infiniment mieux gérée et plus libre économiquement que la France. Au moment de la création de l’euro, la France et l’Allemagne avaient des niveaux de compétitivité équivalents, depuis la France a décroché, et ce n’est, hélas, pas fini.

Si la France avait sa propre monnaie, celle-ci serait dévaluée, comme la monnaie de la France c’est le mark, qui est le vrai nom de l’euro, la France ne peut combler son déficit de compétitivité que par les moyens que j’évoque ici, qui ne seront pas employés.

Comme les salaires ne peuvent se trouver abaissés par décision gouvernementale, il ne reste qu’une variable d’ajustement, le chômage et, au bout, la pauvreté.

Les caisses de l’Etat sont plus que vides et l’endettement s’accroît. L’endettement va s’accroître encore, jusqu’à la faillite. Aucun équilibre budgétaire n’est en vue et ne sera en vue. Augmenter les impôts désormais est impossible (toute augmentation d’impôts ferait baisser les rentrées fiscales en suscitant des désinvestissements et des surcroîts d’inactivité, comme l’a expliqué Arthur LAFFER il y a longtemps). Baisser les dépenses publiques de cinquante milliards d’euros comme envisagé par le gouvernement VALLS -et qui ne se fera pas-, serait extrêmement insuffisant et aussi inefficace que les baisses de charges prévues.

Sortir de l’euro susciterait une dévaluation qui augmenterait considérablement d’un seul coup l’endettement du pays, et n’aurait de sens qu’en adoptant au même instant toutes les mesures que je suggère ici. 

Mon conseil en ce cadre? Ouvrir un compte en Allemagne ou au Luxembourg pour y mettre quelques économies... Partir vers des cieux plus sereins? C’est à envisager aussi... Rester en France en pensant que cela va s’améliorer relèverait de l’illusion suicidaire. Rester en France en sachant que cela va être bien pire, puis infiniment pire encore, présente au moins l’avantage de la lucidité.

mercredi 22 janvier 2014

L'incurie économique de Jean-Michel KRUGMAN


Parlons un peu de Paul KRUGMAN. Ce n’est pas que le personnage soit particulièrement intéressant, mais de temps en temps, je fais preuve de générosité et je décide de consacrer un peu de mon temps à une œuvre de charité. Cette fois-ci, je vais donc essayer d’apporter quelques éléments de réflexion au sujet de celui qui fut prix Nobel d’Économie avant de sombrer corps et âme dans le n’importe quoi.

Je vous rassure tout de suite : ces éléments ne sont pas destinés à ce brave Paul, qui est maintenant dans une autre galaxie, très très lointaine, et donc inaccessible à toute remarque de bon sens. En réalité, ils s’adressent en priorité aux journalistes, notamment français, qui continuent de voir dans l’ancien nobélisé une espèce de gourou sur lequel on peut appuyer toute analyse imbibée de keynésianisme bien moisi.

À la décharge de KRUGMAN, la France a toujours été un paradis pour ses saillies, même les plus ridicules. Avec ses théories consternantes, avec son penchant à gauche parfaitement assumé et totalement irrationnel, et avec ses petits éditos qui tentent régulièrement de camoufler son militantisme socialiste quasi-rabique derrière une fine couche d’économisme de bazar, s’il n’était déjà américain, il aurait été Français et se prénommerait sans doute Paul-Édouard ou Jean-Michel.

Et le brave Jean-Michel KRUGMAN aurait eu toute l’écoute des médias « importants » de France qui lui ouvrent déjà leurs colonnes. Le dernier exemple en date illustre à merveille l’obséquiosité dégoulinante qu’ils ont déjà à l’encontre du bonhomme et qui serait sans nul doute décuplée fut-il né Français et baptisé Jean-Michel. En effet, on apprend, de différentes sources aussi sûres que peut l’être la presse française ultra-subventionnée, que l’économiste a flingué (pour reprendre les termes toujours finement choisis de Libération) la « nouvelle politique de François Hollande » dans une récente tribune du New-York Times, le pauvre organe qui lui laisse faire son trampoline militant sur base pluri-hebdomadaire.

Notez au passage qu’à chaque fois qu’un article français paraît sur l’éditorialiste, la titraille s’emballe et insère presque systématiquement le « prix Nobel d’économie » qui va bien (chose que se refuseraient à faire les mêmes journalistes s’il s’agissait d’un HAYEK ou d’un MISES, ces derniers, provenant du Camp du Mal, ne méritant pas qu’on rappelle leurs titres).

Sociologiquement, il est fort intéressant de constater l’aura quasi-christique dont dispose KRUGMAN en France : ce dernier étant ouvertement keynésien, ouvertement démocrate, ouvertement socialiste pour tout dire, ouvertement pro-OBAMA (le terme groupie n’est pas trop fort en l’occurrence), et officiellement nobélisé, il était impossible à tout l’establishment journalistico-politique français, très majoritairement keynésien, démocrate, socialiste en diable, et parfaitement pro-OBAMA, de passer à côté. On comprend dès lors pourquoi les plus beaux morceaux de bravoure du Jean-Michel d’Outre-Atlantique semblent ignorés de ce côté-ci de l’océan.

Pourtant, difficile d’oublier que si KRUGMAN a bien reçu un Nobel, ce n’était pas pour la pertinence de ses visions politiques ou son keynésianisme, loin s’en faut. Difficile pour quelqu’un qui se renseigne un peu d’oublier que KRUGMAN fut bruyamment en faveur d’un gonflement musclé de la bulle immobilière aux États-Unis, bulle qui explosera ensuite avec les dégâts qu’on connaît. Difficile pour quelqu’un qui suit un peu le personnage de passer à côté de ses prédictions humoristiques sur l’Internet, dont il était sûr que l’impact en 2005 ne dépasserait pas celui du fax. Difficile aussi de passer sans pouffer sur les déclarations proprement ahurissantes du même KRUGMAN qui estime qu’une menace extra-terrestre pourrait se transformer en boom économique (un peu comme la Seconde Guerre Mondiale qui fut, par la reconstruction afférente, un véritable coup de booster économique, si l’on omet les millions de morts et les années*hommes perdues dans l’affaire).

Mais pour un journaliste français, tout ça passe comme une lettre à la poste, précisément parce que c’est n’importe quoi mais que c’est estampillé « Nobel ». Le sophisme de la vitre cassée, dénoncé par BASTIAT et ici mis en application avec tendresse par le Jean-Michel KRUGMAN d’Amérique, tout le monde, en France, s’en contrefiche. Bastiat aurait dû s’appeler Jean-Paul ou Jean-Michel, et pas Frédéric, c’est tout.

Malgré tout, et comme on ne peut pas se contenter de rappeler le parcours médiatique un tantinet chaotique d’un économiste pour juger de ses prouesses dans son domaine d’expertise, regardons plus avant ce qui a déclenché la vague de petits articles pétillants d’une presse française acquise aux discours du Jean-Michel américain ; dans son petit billet daté du 16 janvier, KRUGMAN se lâche complètement à la suite de la conférence de presse de Monsieur PREMIER, dont les annonces constituent selon l’économiste un véritable scandale : le président français serait en train de réaliser un virage libéral, et il remettrait le couvert pour une bonne louchée d’austérité en France.

Pourtant, KRUGMAN le dit et le répète en se mâchouillant la barbe : « scrogneugneu, l’austérité, ça ne marche pas voyons enfin les enfants ! ». Et il en veut pour preuve les croissances anémiques, les taux de chômage record, les difficultés financières et les tensions économiques palpables dans tous les pays d’Europe pour accréditer sa thèse. Ici, les journalistes boivent du petit lait, leur incurie économique et l’absence réelle de toute volonté de recherche sérieuse leur rendant ici de fiers services.

Car, disons-le clairement, KRUGMAN se trompe sur au moins trois chefs. Vous me direz, c’est normal, il est keynésien, militant politique et socialiste, ce qui le qualifie largement en matière d’échecs. Mais au-delà de ces raisons intrinsèques, les faits, têtus, lui donnent tort.

D’une part, économiquement, KRUGMAN se fourre le doigt dans l’œil et les journalistes, toujours aussi finauds, l’aident grandement à lui pousser jusqu’à l’omoplate : il n’y a pas de virage libéral de CHOUPINET. Une France qui crame 57% de ses richesses produites dans le Tout-à-l’État ne peut pas prétendre, même de loin, à la moindre parcelle de libéralisme. Un pays qui a trouvé comme « solution » à la crise un renforcement de toutes les législations du travail, des corporations, un pays qui a toujours fait la place belle au capitalisme de connivence, aux affaires entre copains et coquins, et qui n’a jamais varié d’un iota sa politique économique placée systématiquement à gauche ne peut pas prétendre au libéralisme.

Pire encore, KRUGMAN se plante ici politiquement : La fraise des bois ne fera jamais de virage libéral, social-libéral ou même social-démocrate. CHOUPINET est un animal politique, il émet avec sa bouche les sons qui lui permettront d’obtenir le maximum de suiveurs, de prébendiers et autres thuriféraires pour assurer son propre avenir. Si la conjoncture politique avait dicté qu’il déclare le bleu comme nouvelle couleur tendance, il l’aurait fait, quand bien même il serait venu cravaté de rouge. Ici, KRUGMAN montre toute l’étendue de sa naïveté en imaginant qu’un type comme Monsieur NORMAL pourrait éventuellement mettre ses actions en face de ses paroles, ce qui serait, proprement, inédit en France depuis plusieurs décennies. Et pardon, mais l’éloignement géographique du Jean-Michel américain n’explique pas tout : OBAMA est, chez eux, un excellent exemple de ce qu’on peut pipeauter pendant des années tout en conservant le pouvoir (Guantanamo, anyone ?).

Enfin, et c’est tout de même toujours aussi consternant de voir qu’un économiste peut à ce point raconter des balivernes si elles servent son petit agenda personnel, l’austérité en Europe n’a pas été mise en place. Ni en France, ni en Grèce, ni ailleurs. Jamais. Oh, pour sûr, on a pressuré les contribuables, on a écrasé le secteur productif d’impôts, de taxes et de vexations fiscales diverses. Mais les coupes claires dans l’administration, la diminution du poids de l’Etat et de son rôle dans la société, ça, en revanche, c’est … du flan : il n’en a jamais été question. Le poids des prélèvements n’a pas arrêté d’augmenter en France, le poids du secteur non-marchand aussi, l’interventionnisme d’État bat son plein. KRUGMAN, en feignant de croire que la France pourrait prendre un virage libéral ou social-démocrate ou pédalo-flambyste, joue à l’idiot inutile, ou se laisse lui-même berner par ses propres illusions économiques.

Quant aux journalistes, ils relaient, frétillants d’aises à l’idée qu’un Prix Nobel De 2008 puisse ainsi égratigner FLAMBY qui oserait tenter un truc de fou dont Tout Le Monde Sait (à commencer par le nobélisé en question) Que Ca Va Dégrader La Situation, mais si mais si, puisqu’on vous le dit.

Jean-Michel Paul, faites-vous une raison : vos éditos sont vaguement rigolos lorsqu’ils concernent les États-Unis, mais franchement, pour la France, restez chez vous, vous dites de grosses âneries. Non, HOLLANDE n’a pas pris de virage libéral ou quoi que ce soit. Il continue, têtu, toujours tout droit, bien perpendiculairement au mur de la réalité qu’il va nous faire prendre en pleine tête.


Ce pays est et reste, fichu.